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Les personnages de cet
artiste ont des vies intérieures que
l'on devine extrêmes, longeant souvent
le précipice, mais en connaissant aussi la
ligne qui permet de ne pas s'y perdre à
jamais. Leurs yeux noirs grands ouverts
s'inscrivent dans une existence
davantage théorique que réelle. Ils veulent
bien vivre, à la rigueur, mais ne sont pas
dupes des tricheries de notre monde moderne.
Il y a beaucoup de solitude dans ces acteurs
de notre époque, mais, au fond, pas
davantage que dans notre siècle en son tournant.
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Ce travail
d'investigation sur soi-même ancré dans
son temps, cette mise en scène de
l'être humain dans des gestes tirés
d'un quotidien faussement banal, a
hanté beaucoup de grands artistes pour
lesquels peindre est aussi transcender la
vie telle qu'elle nous est mâchée, et
générer dans un monde de plus en plus clos
et perdu, une force intérieure qui aspire à
se désaltérer dans des sources moins
frelatées. Une fois admis dans ce dédale à
risques, donc passionnant, mais dont
l'entrée est réservée, on y décèle des
visages qui s'interrogent. Nous nous
interrogeons avec eux. Et alors qu'ils
nous questionnent, nous ne pouvons répondre
à leur attente que par nos impuissances
propres face à un monde rouillé et corrompu.
Mais l'artiste, dans son labyrinthe
pernicieux nous lance en même temps que ses
personnages, qui sont autant de doubles, le
défi de ceux qui ont brisé à tout jamais le
carcan d'une existence trop étroitement
balisée. Ils sont irrémédiablement seuls,
mais libres.
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Pour nous insérer dans
son parcours fléché, Angelo Madyalès
n'a pas de technique ou de format à
faire valoir. Mais plus que cela, il a un
style qu'il sait adapter à ce
qu'il construira, petite gouache sur
papier ou grande huile sur toile. Cette
marque de fabrique nous replonge dans le
domaine des jeux de l'enfance au temps
où l'on assemblait les puzzles. Les
oeuvres sont constituées d'éléments
dont on a l'impression que l'on
peut les tirer un à un jusqu'à ce que
le support redevienne vierge. Et l'on
peut recommencer à l'infini ce jeu des
signes, des formes et des couleurs, à
condition de savoir, comme le fait
l'artiste, structurer sa composition
avec une habileté diabolique.
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Chaque élément du
puzzle trouve parfaitement sa place, et même
dans les compositions déstructurées,
visages, corps, pieds ou mains sont autant
d'entités vivantes et organisées.
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Dans certaines oeuvres,
il utilise également la technique du collage
en insérant des éléments de journaux
découpés, de cartons ou de tissus, lesquels
deviennent, grâce à une utilisation subtile,
un élément constitutif et déterminant qui
ajoute à l'oeuvre une force
supplémentaire, venant souvent enrichir la
toile, comme les oeuvres sur papier, pièces
qui constituent l'une de ses créations
les plus riches. Angelo Madyalès a trouvé
son monde. Bien sûr, quelques influences
majeures émaillent son oeuvre - on ne peut
que le féliciter de ses choix, mais au delà
de celles-ci, il s'est construit, en
une quinzaine d'années, une oeuvre
totalement personnelle et unique. Bienvenu
donc à tout ceux qui liront dans ce regard
contemporain un peu d'amour à partager
dans un monde en détresse.
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