Lundi 9 octobre 1600, Faverges.

Une conférence de Roland FARRE présentée le 9 juin 2000 à Faverges, Haute-Savoie.

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Introduction -|- Préambule -|- Ière Partie : La guerre entre la France et la Savoie -|- II ème Partie : Les évolutions de la Société -|- III ème Partie : Guerres de religions, guerres civiles et humanisme -|- En conclusion.

INTRODUCTION.

Lorsque mon ami Guy BRASSOUD m’a proposé d’écrire pour le livre qu’il envisageait de publier une étude historique, en appui du spectacle et de la pièce sur Henri IV à Faverges, je me suis interrogé :

Un élément important a achevé de me convaincre de l’opportunité de ma contribution : lorsqu’on étudie l’histoire, on est frappé de constater la place particulière du théâtre dans la vie sociale ; c’est tout à fait vrai pour le XVIème et le XVIIème siècle en France , comme en Espagne ou en Italie ; nous retrouvons une certaine vie théâtrale ici en Savoie , avec les farces , les mystères, le répertoire classique, les fêtes, et nous pouvons nous rendre compte de la portée de ce phénomène dans la vie des idées et dans le comportement des gens , notamment de la jeunesse, quand nous apprenons que les autorités religieuses font la chasse aux spectacles et à certaines fêtes populaires , auxquels participent de grandes foules et en viennent à les interdire , comme c’est le cas à Annecy en 1571 ou à Moûtiers au début du XVIIème siècle.

De telles manifestations théâtrales se sont sans doute produites aussi à Faverges à cette époque, mais c’est sur une scène autrement plus vaste que se joue l’action dont il faut maintenant que je vous parle.

En progressant dans mon étude je me suis mis à penser que le passage royal ici n’était pas si anodin qu’on pouvait le croire , à condition de le prendre comme point de départ pour une analyse de l’histoire qui s’est déroulée entre les années 1560 et 1600 et qui a mis en branle des armées de dizaines de milliers d’hommes du nord au sud de l’Europe occidentale, de l’Espagne aux Pays-Bas, de Paris jusqu’à la Savoie, à la Suisse, de l’Allemagne à l’Italie , à l’Angleterre , à la Méditerranée. Ajoutons à ce tableau militaire l’évocation des mutations qui transforment tous les pays en profondeur, dans tous les domaines qui caractérisent une civilisation : les techniques, de l’imprimerie à la métallurgie en passant par la papeterie ou les moulins, la culture avec le profond mouvement de la Renaissance parti d’Italie et répandu dans toute l’Europe, la religion avec les vagues successives de la Réforme et de la Contre-Réforme qui posent le christianisme au centre de tous les débats, qu’il s’agisse du problème du salut , des structures de l’Eglise , de la politique , du statut des nations, de l’existence de l’indépendance de chaque pays ou de la création d’un seul empire régi par une seule foi ! Les hommes et la vie enfin : ils sont contraints de subir ou de participer , d’assurer leur existence matérielle, d’exprimer leurs aspirations intellectuelles et spirituelles au sein des structures sociales et des institutions de ce temps , structures et institutions qu’ils acceptent ou qu’ils critiquent et contre lesquelles ils se soulèvent parfois, révélant ainsi des rapports sociaux extraordinairement contradictoires mettant en question les fondements même de la société et l’avenir du monde.

C’est ce chemin que j’ai parcouru , partant de Faverges un jour d’octobre 1600 pour m’aventurer sur les chemins de l’histoire .J’ai découvert de nombreux personnages plus ou moins grands, plus ou moins puissants, des communautés, beaucoup d’individus anonymes , des foules qui font battre le cœur des villages , des bourgs et des grandes cités. J’ai tenté d’approcher la réalité dans toute sa complexité , avec toutes les difficultés que cela représente, les risques de simplification, de jugements manichéens ; j’ai voulu aller au-delà des légendes que des historiens peu attentifs ont bâties autour des grands personnages.

C’est cet itinéraire que je vous invite à suivre aujourd’hui – et que vous retrouverez dans mon préambule - en partant comme je l’ai fait, d’un point précis de ce microcosme qu’est Faverges, pour agrandir l’objectif jusqu’aux évènements qui se déroulent en Savoie, en France en Europe.

 

 

Introduction -|- Préambule -|- Ière Partie : La guerre entre la France et la Savoie -|- II ème Partie : Les évolutions de la Société -|- III ème Partie : Guerres de religions, guerres civiles et humanisme -|- En conclusion.

Préambule

Nous sommes en 1600 et c’est une nouvelle donne en Europe.

Lorsque le jour se lève à Faverges en ce lundi 9 octobre 1600 ( selon le nouveau calendrier grégorien) les habitants, paysans, forgerons, artisans, femmes et enfants, ne se doutent pas qu’un événement se prépare au cœur de leur bourg. L’histoire est là présente telle que nous pouvons la lire et la dire , nous, aujourd’hui ; elle est à coup sûr très peu perceptible pour l’esprit des gens tout entiers livrés aux tâches de leur vie quotidienne, vivant dans l’univers de leurs quatre-vingts maisons ouvertes par les trois portes du bourg sur le monde extérieur. C’est le roi de France qui prépare son arrivée. Il parvient ici en traversant le lac , en passant par Duingt, venant d’Annecy où il séjourne depuis le jeudi 5. Mais que se passe-t-il en cette fin de siècle , pour que se produise une visite aussi insolite que celle d’Henri IV ici , au cœur du duché de Savoie dont le souverain est Charles-Emmanuel Ier , sur les terres du baron de Milliet qui a acquis la possession du fief (domaine concédé par un seigneur à son vassal ; c’est la base du régime féodal, en évolution dés le XIII° siècle) de Faverges depuis vingt ans ?

Que se passe-t-il donc ?

Il s’agit d’affaires extrêmement importantes qui se déroulent depuis plusieurs décennies en Europe. Pour être le plus clair possible je partirai de l’évènement immédiat , qui se déroule ici entre la Savoie et la France, sur l’ année 1600, ce sera la première partie de mon exposé ; j’aborderai ensuite dans une 2ème partie le tableau des évolutions de la société , pour esquisser enfin dans une 3ème partie la phase cruciale des guerres de religion en France et en Europe.

 

Introduction -|- Préambule -|- Ière Partie : La guerre entre la France et la Savoie -|- II ème Partie : Les évolutions de la Société -|- III ème Partie : Guerres de religions, guerres civiles et humanisme -|- En conclusion.

Ière Partie : La guerre entre la France et la Savoie.

Partons-donc de l’événement immédiat, avant d’élargir notre vision à l’ensemble des relations entre la Savoie et la France

.A/ Les motifs de la guerre.

Il existe toujours un prétexte au déclenchement d’une guerre, une raison secondaire qui recouvre des objectifs dissimulés, voire une stratégie globale. En l’occurrence, le motif de la déclaration de guerre de la France à la Savoie, émise par Henri IV le 11 août 1600 réside dans la possession d’un petit bout de pays , le marquisat de Saluces en Piémont , qui s’étendait jusqu’aux environs de Turin, qui appartenait à la France et dont Charles-Emmanuel s’était emparé 11 ans auparavant , à l’automne 1588 sans déclaration de guerre, profitant des difficultés du roi Henri III aux prises avec la Ligue d’Henri de Guise à Paris . Après de nombreux et longs épisodes d’hostilité , de négociations, de guerre , le traité de Vervins est conclu le 2 mai 1598 , sous les auspices du pape Clément VIII, il met fin à la guerre entre la France et la Savoie, tout au moins théoriquement. En effet ce traité ne tranche pas la question du marquisat de Saluces.

Nous assistons alors à une intense activité de Charles-Emmanuel pour tenter de résoudre ce problème. Le compte- rendu de ces efforts diplomatiques, qui ressortissent tout autant à la séduction , aux tentatives de corruption , nous le trouvons dans un ouvrage publié en 1906 par le prince de Faucigny-Lucinge sur son aïeul René de Faucigny-Lucinge ambassadeur de Savoie auprès d’Henri IV . ( Paris , Hachette ) .

René de Lucinge apprend l’échec des négociateurs savoyards auprès du pape pour obtenir son soutien dans la question de Saluces. Il suggère à Charles-Emmanuel de venir à Paris pour négocier directement lui-même avec le roi. Charles-Emmanuel accepte le projet , il charge René de Lucinge d’intervenir auprès du roi , lequel déclare "  Qu’il serait heureux de voir venir son frère de Savoye pour lui rendre son marquisat de Saluces " . Voici donc notre duc en chemin pour Paris , accompagné d’une escorte digne d’un si grand prince , une foule de gentilshommes, sa chapelle , sa musique et plus de douze cents chevaux . Il s’installe au Louvre puis à l’hôtel de Nemours ; il y demeurera jusqu’au 7 mars 1600.

Les négociations durent près de trois mois, pendant lesquels les deux parties jouent au plus fin. Pour sa part , le duc met à profit son long séjour pour tenter d’ourdir une conspiration ( il a déjà depuis plusieurs années réalisé une entente secrète avec le connétable de Biron ). Il se répand en cadeaux somptueux auprès des grands de la cour , aux dames, au roi lui-même , à Henriette Balzac d’Entragues , la nouvelle maîtresse d’Henri. Sully lui-même fait l’objet d’une tentative de corruption non déguisée : il lui fait porter un portrait du roi posé dans un cadre orné de diamants , évalué à plus de vingt mille écus ; contre cette offrande , il lui demande son appui auprès du roi pour la réalisation d’un plan visant à lui consentir la possession du marquisat de Saluces tout en lui promettant son appui pour la conquête de Milan et de Naples . Sully rejette tout net le projet et refuse le cadeau .

Au bout du compte, après de multiples marchandages, le roi propose au duc , contre la possession définitive du marquisat de Saluces , l’abandon de tous les pays que le duc occupait en France . En compensation , il lui promettait de l’aider pour terminer les conflits que le duc avait avec Berne et Genève , par voie de justice.

Après mainte hésitation et sous la pression de René de Lucinges , Charles-Emmanuel décide pourtant d’accepter les conditions du traité mis sur la table par le roi. Celui-ci sera entériné le 27 juin 1600. Mais sa signature dissimule des intentions contraires. De retour dans ses états , il n’ a de cesse de trouver des appuis pour temporiser pour échapper à l’application du traité . Il négocie avec l’Espagne pour tenter d’obtenir une alliance politique, une aide financière et militaire. Ces tergiversations interminables finissent par impatienter et irriter Henri IV , qui prend la décision d’envahir la Savoie. Le 2 août , le roi , qui s’était rendu à Lyon quitte cette ville en déclarant : " Mes prédécesseurs ont mit le duc de Savoie en pourpoint : je le mettrai en chemise ". Et il écrit :  " Je sais de science sûre , que Monsieur de Savoie ne veut que tromper ; après tant de cascades et de tromperies manifestes , on ne peut le croire en rien ; il ne demande qu’à gagner l’hiver ; c’est pourquoi j’avancerai toutes choses "

Comme on le voit chacun des deux est fin diplomate , stratège militaire expérimenté et perspicace. Mais la partie d’échecs est terminée. Désormais les chemins de la guerre entre la France et la Savoie sont à nouveau ouverts .

Nous en connaissons l’issue : c’est bien la carte de la dernière chance que Charles-Emmanuel s’apprête à jouer .

B- La guerre

Les malheurs de la guerre vont s’abattre sur les terres de Savoie.

René de Lucinges déplore cette solution , lui qui a su analyser la situation et en prévoir les conséquences néfastes pour le duché ; il juge très défavorablement la politique suivie par le duc sur les conseils de certains membres de la cour, il a su pressentir le leurre de l’espérance que le duc avait placée dans le soutien de l’Espagne . Ses conseils de modération , sa connaissance des affaires de la France , son estime pour Henri IV auraient pu permettre de faire l’économie d’une guerre. Il n’en a pas été ainsi. A mon sens on doit voir la cause de cet échec dans la vision que Charles-Emmanuel s’est construite de l’histoire et de la politique qui en découle ; il n’a pas su les adapter aux réalités de son temps, qui n’est plus celui de ses aïeux ; son père Emmanuel-Philibert lui a légué le rêve d’un royaume allant de Turin à Genève, de Lyon à la Provence.

Or en cette fin de siècle, émerge en France , au prix d’efforts, de souffrances, de déchirements, de travail et de pensée, une nation qui se constitue en un état de plus en plus centralisé , tandis que de l’autre côté des Alpes les cités issues de la Renaissance rivalisent pour la possession des pouvoirs et des suprématies : l’Italie connaît alors l’effacement politique, elle est tout entière en proie au duel que se livrent les deux grandes puissances, la France et l’Espagne sur le territoire de la péninsule ( duel qui tourne à l’avantage de l’Espagne ) . Ces deux réalités opposées ne peuvent aider à constituer un grand Etat homogène. Les rêves du Moyen Age , les ambitions inadaptées, sombrent dans le passé, tandis que se nouent des relations nouvelles entre les hommes , que les rapports sociaux se modifient et que craquent les anciennes institutions sous la poussée de forces économiques et sociales en voie de formation.

Nous allons assister, si vous voulez bien que nous commencions par la fin , à l’ultime combat : celui du duc face au roi.

a) L’Ultime combat : le duc face au roi .

Je le rappelle, cette dernière phase débute par une scène de brillant apparat. Charles-Emmanuel insatisfait du traité de Vervins , se rend le 14 décembre 1599 à Fontainebleau avec la ferme intention de convaincre le roi. Il déploie les fastes de sa cour, répand l’or à foison , tente de négocier. Non seulement le roi ne cède en rien , mais impose le traité de Paris le 27 juin 1600 par lequel le duc s’engage à la restitution du marquisat de Saluces ou , à défaut , à la cession de la rive droite du Rhône à la France.

Revenu en Piémont, le duc élude l’application de ce traité. Alors, Henri IV , libéré de la pression espagnole, prend la décision d’envahir la Savoie.

L’un de ses lieutenants est Biron , qui a passé un pacte secret avec Charles-Emmanuel ; le voici pourtant tenu de remplir son rôle, surveillé qu’il est par les chefs de l’armée et par le roi lui-même qui le connaît bien et qui le soupçonne . Le duc de Biron est gouverneur de Bourgogne, il ambitionne beaucoup plus mais l’heure de ses rêves semble définitivement passée. Le voici obligé de s’exécuter ; le 12 août , il s’empare de Bourg en Bresse. Le 17 , c’est au tour de Lesdiguières , qui prend la ville de Montmélian , Crillon reçoit la capitulation de Chambéry où Henri IV fait son entrée le 24 au milieu des acclamations. Madame de Sully organise chez son hôtesse , dans cette ville un bal auquel participent les principales dames. En Maurienne, Conflans puis Charbonnières capitulent rapidement , Lesdiguières occupe à nouveau St Jean de Maurienne et Saint-Michel , il envahit la Tarentaise et rejette l’armée ducale dans le val d’Aoste. Les forteresses de Bourg, Sainte Catherine et Montmélian sont bloquées par Créqui , Biron et le comte de Soissons. Tandis que les gentils-hommes , le roi lui-même mènent joyeuse vie à Chambery et Grenoble , Sully toujours scrupuleux trouve imprudent de laisser au centre de la vallée de l’Isère "  un nid d’Italiens et de malcontents " ; il tient bon et organise l’attaque , prépare une tranchée , aidé de milliers de paysans , installe l’artillerie sur les pentes de la montagne , décide le roi à visiter les travaux d’approche . La citadelle tient pourtant plusieurs semaines , mais Brandis , le gouverneur , négocie par l’intermédiaire de sa femme et de Mme de Sully ; le 14 octobre , il capitule. Cette reddition sonne le glas de la résistance ; Charles –Emmanuel fait preuve d’indécision , voire de découragement. Le 12 novembre seulement , il franchit les Alpes avec une armée de 20000 hommes. Lesdiguières s’avance en Tarentaise ; Henri IV lui-même est installé en Beaufortain pour s’opposer à toute manœuvre.

Le roi visitait les provinces , la Maurienne , le Dauphiné, Grenoble , la Côte-Saint-André (le 13 septembre à la rencontre de sa maîtresse Henriette Balzac d’Entragues , avec qui il va se rendre en Savoie ). Il se rend dans le pays de Beaufort pour y reconnaître le col d’Arêche qui pouvait permettre à Charles-Emmanuel de se diriger vers Montmélian en évitant les garnisons mises en place par Lesdiguières à Moûtiers et à Conflans.

Le 5 octobre , un jeudi , le voici à Annecy où il loge au château. Lettre du 8 octobre : " Je partirai d’ici demain et j’irai à Beaufort par Faverges. " Le 9 octobre , Henri IV quitte Annecy par le Lac, passe à Duingt et va coucher à Faverges. Le 10 il arrive à Beaufort. Il effectuera un second passage à Faverges , en novembre , revenant de Genève et se rendant à nouveau à Beaufort (R.Palmieri 1869 Histoire de Savoie – tomme 2 p.222 )

Le roi Henri nous donne ici une image typique de sa vie ardente , mobile, cavalière , amoureuse , réfléchie ! Toujours sur le chemin des combats , attentif au mouvement des troupes , étudiant le terrain , ne craignant pas la mitraille ; se livrant à tous les plaisirs mais n’oubliant jamais les devoirs de son état , économe des forces de ses hommes , sachant attendre et patienter ( lors de la reddition de Montmélian , il accepte le délai demandé par le chef de la citadelle ) : ce sont ces qualités , cette mise en oeuvre d’une intelligente vitalité , cette humanité alliée à de hautes exigences , qui font de ce roi un homme de grand talent et lui assurent la réussite dans les méandres de l’histoire face à des adversaires de la taille de Charles-Emmanuel ou , mieux encore , de Philippe II

Le 23 décembre on apprend que Charles-Emmanuel quitte le Val d’Aoste et passe les Alpes. Le rêve passe lui aussi. Charles-Emmanuel aura bientôt 39 ans.

b)Le dénouement

Le 17 janvier 1601, est signé le traité de Lyon , dont nous pouvons lire le texte intégral dans l’ouvrage de Ferdinand de Faucigny Lucinge , "  Un ambassadeur de Savoie en France , René de Faucigny-Lucinges 1583-1610 " (Hachette 1906). Sous le patronage de Clément VIII , craignant l’extension de la guerre en Italie , le traité est élaboré au cours de négociations entre le cardinal légat Aldobrandini et Henri IV , qui l’emmena à Lyon . Les délégués français étaient les sieurs Jeannin et Sillery . Les ambassadeurs savoyards étaient René de Lucinge et d’Arconas , qui suivirent Aldobrandini. Les délégués français exigeaient la restitution de Saluces et 800000 écus pour frais de guerre ; en échange , le cardinal ( décidé à sacrifier le duc ) insistait pour la cession de toutes les possessions savoyardes au-delà du Rhône , c’est à dire la Bresse, le Bugey, Le Valromey et le pays de Gex , sauf le pont de Grésin et une bande de territoire entre la Valserine et le Grand-Crêt d’eau pour assurer le passage des Espagnols par la Franche-Comté en direction des Pays Bas. Saluces resta au duc , qui devait renoncer à ses ambitions vers le Rhône , ne gardant que le duché de Savoie (correspondant aux deux départements actuels ) ; le repli vers l’Italie est désormais le lot du duc et le restera pour sa descendance "  L’escalade " de Genève les 21 et 22 décembre 1602, est l’ultime tentative du duc pour forcer le destin , son échec met un terme définitif à un projet que l’histoire n’a pas validé ; le traité de Saint-Julien , signé le 21 juillet 1603 , reconnaît implicitement mais clairement l’indépendance et la souveraineté de Genève

c) En élargissant une nouvelle fois notre champ de vision, nous apercevons l’ensemble des visées stratégiques, politiques et militaires de Charles-Emmanuel. Duc depuis 1580 ( il avait 18 ans ), il épouse en 1585 l’infante Catherine fille du roi d’Espagne, Philippe II, alors à l’apogée de sa puissance. Ce n’est pas le penchant du cœur qui l’a amené à ce mariage , mais un choix politique : l’alliance avec l’Espagne plutôt qu’avec la France , alors qu’il avait envisagé un moment de prendre pour épouse la nièce d’ Henri III le roi de France. Cette décision cadre bien avec ses ambitions dans un premier temps , il compte reprendre à la France le marquisat de Saluces ( qui , nous venons de le voir , jouera un rôle important dans les conflits ultérieurs ). Son esprit et son regard se tournent , dans le même temps vers Genève devenue une des grandes capitales spirituelles de l’Europe avec la Réforme et l’action de Calvin qui organise et structure l’ Eglise protestante ; Charles-Emmanuel développe ses menées politiques et militaires avec l’objectif d’imposer à la petite république genevoise la reconnaissance de la souveraineté du duché de Savoye . Enfin , il tient compte de l’affaiblissement de la France où les guerres civiles embrasent le pays , où le roi Henri III se révèle incapable de faire face aux menées des factions ; le rêve de Charles-Emmanuel s’inscrit dans cette situation européenne dominée par un rapport de forces favorable à l’ Espagne. Le duc pense que l’heure est venue d’agir en direction des trois objectifs qu’il s’est fixés :

De l’année 1589 à 1602, l’action diplomatique et la guerre vont se succéder sur tous les fronts. Avec Genève , tout au long de cinq années , les affrontements armés se succèderont , donnant tour à tour l’avantage à chaque adversaire . La France soutient Genève , tandis que les armées du duc sont renforcées par des reîtres espagnols et soutenues par la Ligue du duc de Guise. Les combats entraînent des ravages, le pays de Gex , le Chablais ,subissent des massacres où périssent femmes et enfants ; Evian est saccagée et pillée. Il faudra attendre le 31 juillet 1593 pour qu’il soit mis par la trêve un terme aux combats, et le traité de Vervins en 1598 , pour que la paix soit confirmée. Les ruines matérielles sont considérables ; les impôts nécessaires au financement des opérations s’alourdissent ,y compris dans les zones qui sont à l’écart des combats ; l’appauvrissement est général. Les conséquences économiques seront désastreuses pour la Savoie sur une longue période, ce qui tend à prouver que le progrès n’est jamais irréversible, qu’une régression est toujours possible et que ,malheureusement peut survenir pour un pays , un peuple , pour l’ humanité , un recul de civilisation. La fatalité n’existe pas davantage , ce sont le rôle , les choix , les actions des hommes , qui sont déterminants.

Dés l’année 1588, Charles-Emmanuel pousse une pointe à la frontière du Dauphiné, son allié , Mayenne membre de la Ligue qui vient de tenter un coup de force à Paris contre Henri III , vient s’installer à Chambéry pour préparer le guerre à Lyon , en Dauphiné et en Provence . Mais à partir de 1590 Charles-Emmanuel et ses alliés vont se heurter à un adversaire de taille : le duc de Lesdiguières , qui combat aux côtés de Henri IV , va harceler les troupes savoyardes de la Provence au Dauphiné et au Piémont . Il contourne les positions du duc , franchit les Alpes en septembre 1592 , se dirige vers Turin . Charles-Emmanuel contre-attaque dans le Queyras , il menace Grenoble. Malgré le traité de Bourgoin signé en 1595 , cette guerre se prolonge : dans une nouvelle phase ,Lesdiguières pénètre en Maurienne et coupe la route des deux cols du Petit  Saint-Bernard et du Mont-Cenis pour intercepter les troupes espagnoles envoyées en renfort, elles sont obligées de refluer vers l’Italie . Charles-Emmanuel doit regrouper ses troupes autour de Chambéry , tandis que Lesdiguières débouche dans la vallée de L’Isère . Le 14 août 1597, dans la plaine entre Montmélian et Pontcharra se déroule une gigantesque bataille au terme de laquelle le duc de Savoie subit une grave défaite ; il réussira cependant à s’emparer en 1598 de la Maurienne et du Grésivaudan , avant que le traité de Vervins ne mette théoriquement fin aux combats.

La suite nous la connaissons : Charles-Emmanuel ne se tient pas pour battu ; en 1600 , la guerre reprend en Savoie, elle se termine par le traité de Lyon .

Une page de l’histoire est tournée.

Les tentatives ultérieures de Charles-Emmanuel , qu’il s’agisse du pacte d’alliance avec Henri IV contre les espagnols , en 1609 , de la guerre de Montferrat contre l’Espagne de 1612 à 1617 au cours de laquelle il appelle au combat pour l’unité de l’Italie entière et pour la liberté , ces tentatives subissent un échec total .

Décidément , ce n’était pas son heure.

 

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II ème Partie : Les évolutions de la Société.

La roue de l’histoire tourne , comme on dit ; en cette fin de seizième siècle elle tourne vite , au point que la physionomie générale de l’Europe se modifie et que chacun des grands pays qui la composent voit son visage se remodeler.

a) Les forces productives.

La France par exemple . Le deuxième demi siècle est crucial pour elle , des mutations profondes s’accomplissent dans la société . La première moitié de ce siècle a vu l’expansion de la démographie , le développement économique , l’accroissement des richesses , un certain progrès des techniques bien qu’insuffisant au regard des besoins notamment dans l’agriculture – notons en particulier l’utilisation plus fréquente du fer dans la fabrication des objets et la multiplication des forges et des fonderies ( comme ici à Faverges ) , au point que le roi François Ier se croit obligé en 1543 d’ordonner une réduction du nombre de forges à fer car , écrit-il "  il y a en ce royaume plus de quatre cent soixante forges. Il y en a plus de quatre cent érigées depuis cinquante ans ; par chaque an il s’en érige vingt cinq ou trente. Les forgerons sont les plus riches et les plus opulents de ce royaume ." (Cité par Jean Delumeau , dans Histoire de la France de 1348 à 1852,sous la direction de Georges Duby (Larousse Histoire) ) . Le textile , l’imprimerie, la papeterie , l’édition , prennent un essor considérable , là encore nous retrouvons Faverges , Annecy , la Savoie et leurs relations commerciales et industrielles avec l’Italie , Genève , Lyon , l’Orient.

La géographie donne à la Savoie un rôle de carrefour routier international. De 1536 à 1589 elle jouit de la paix. Elle connaît une croissance démographique importante, de Chambéry à Annecy, de la Maurienne à la Tarentaise, au Faucigny.

Dans le lent mouvement de la métallurgie qui se développe en Europe à partir de l’an Mil , la Savoie prend sa place . Au XVI ème siècle , les points se multiplient à Faverges , à l’ abbaye de Tamié et dans les villages environnants . Le mouvement est arrivé d’Allemagne en passant par la Belgique , la Lorraine , la Champagne et l’Angleterre . Il s’agit d’un moment important du développement de l’industrie en Europe.

Nous nous heurtons ici à des contradictions qu’il faudrait analyser pour en percevoir la réalité et les conséquences : entre les besoins nés du développement démographique et les limites des moyens de production , dans l’agriculture comme dans l’industrie , et qui rendent nécessaires la recherche pratique de techniques nouvelles ( dans l’extraction minière , dans la métallurgie , dans les moyens du labourage ou dans l’assolement des sols , dans le fonctionnement des moulins , par exemple).

Contradictions entre le développement culturel , l’aspiration aux connaissances ouvertes par les conquêtes scientifiques , par les échanges immenses au niveau international , et les restrictions à la liberté de pensée , les interdits , les cadres rigides imposés à la conscience . Les rapports sociaux réglés par le système féodal dans la propriété de la terre qui appartient au seigneur, dans la production , dans la justice , dans les prélèvements seigneuriaux et ecclésiastiques , constituent des freins qui brident les investissements nécessaires et qui jugulent l’essor des libertés. Ces aspects multiples et contradictoires sont au cœur d’un développement qui se réalise , qui construit son chemin , dans le foisonnement des faits politiques , économiques , culturels .

Nous l’avons vu François Ier s’effrayait du développement des forges . Plus tard , fin du XVIème siècle , Olivier de Serres se rend célèbre par ses écrits d’agronomies et son traité sur l’agriculture, sur les assolements. Pourtant , il se déclare hostile aux innovations , il prône la stabilité de l’outillage, notamment de la charrue, alors que les laboureurs eux-mêmes ont mis au point un système de réglage de la profondeur du labour. " Ne change point de soc, conseille–t-il au laboureur , pour le danger que toute mutation porte en elle . "

( C’est moi qui souligne )

Et Bernard Palissy, le célèbre potier , constate à la même époque que , si les ingénieurs militaires ont réussi à force d’efforts à améliorer toutes leurs techniques , de la fabrication à l’armement, l’ingéniosité des hommes dédaigne les techniques agricoles et l’outillage , qui reste toujours, écrit-il , "  à une mode accoustumée . "

Ces conflits du progrès et des mentalités ont une portée considérable et des répercussions à long terme sur les comportements collectifs. Ils modifient les attitudes à l’égard des institutions et du pouvoir .

b) La culture

Au développement économique et humain correspond , s’il n’en est pas la cause , le développement culturel , en liaison avec l’avènement en Europe d’une ère nouvelle marquée par de nouvelles conceptions du monde et de l’homme . Les grandes découvertes et l’humanisme ont ouvert des horizons nouveaux , créé des modes différents d’être et de pensée. Mais cela, ces transformations profondes , ne s’effectuent certes pas sans contradiction, ni sans luttes ,que ce soit en France ou en Allemagne, en Italie , en Espagne….Nous venons d’en voir un exemple non négligeable avec la réaction du roi de France François Ier devant l’expansion industrielle et l’avènement d’un nouveau groupe social qui essaime à travers la France comme en Europe , celui des forgerons : Cette crainte n’est-elle pas significative d’un conflit qui se profile , au sein de la société , entre les structures encore féodales , aristocratiques ,les mentalités , d’une part , et les forces nouvelles de la production et de l’économie ? Contradictions étroitement imbriquées avec les réticences aux transformations de la production, dans le développement de la culture , dans le foisonnement des idées , des débats , des remises en causes des dogmes , des conceptions de la vie : Erasme et sa philosophie du libre arbitre sont rejetés ici et là , comme en Espagne , Rabelais voit ses idées sur l’homme condamnées par la haute hiérarchie de l’église et par la Sorbonne ; il se produit un véritable épanouissement de la littérature et des arts, comme à Lyon avec la poétesse Louise Labé , " la belle cordière " et son cercle de femmes qui aiment la littérature et les échanges intellectuels.

Cette éclosion coexiste avec des comportements irrationnels , la magie et la sorcellerie sont très répandues , tandis que la distance ne cesse de s’accroître entre niveaux culturels , tout comme entre les niveaux de vie . Les œuvres philosophiques , scientifiques , théologiques , abandonnent progressivement le latin , réservé à une élite , pour la langue dite vulgaire : le français que le Parlement de Chambéry a déjà adopté en1536 pendant l’occupation française.

Un fort courant spiritualiste se manifeste parallèlement aux luttes de l’Eglise catholique dans les différents pays d’Europe, en Espagne notamment avec les écrivains chrétiens , Saint Jean de la Croix , Sainte Thérèse d’Avila , Philippe Méri , en Savoie avec Saint François de Sales.

Cette aspiration au retour de la religion chrétienne à la pureté évangélique accompagne et structure le mouvement des idées au sein des couches sociales qui , dans leur diversité, cherchent à desserrer les liens qui tendent à brider le mouvement d’émancipation.

 

 

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III ème Partie : Guerres de religions, guerres civiles et humanisme

C’est cet essor des aspirations d’une spiritualité chrétienne qui va provoquer , au cours de la première moitié du XVI siècle , une large diffusion de la Bible, éditée par des humanistes et des réformateurs.

a) Réforme et Contre réforme.

  Dans un premier temps , le mouvement de la Réforme ne vise pas à fonder une nouvelle Eglise mais à modifier dans l’Eglise catholique les conceptions , les règles , les pratiques , les interprétations des Evangiles, qui vont à l’encontre des transformations du monde et de la société. L’histoire du XVI siècle est façonnée , pétrie par ce vaste mouvement de la Réforme , à laquelle Rome va opposer la Contre-Réforme. De ce double mouvement vont découler des évènements et des luttes qui prendront des caractères et des formes spécifiques dans chaque pays , en Allemagne , en Italie , en Suisse, en Angleterre, en Espagne, en France , notamment , avec des incidences importantes sur la politique de chaque pays et sur les relations internationales . Ce qu’il est convenu d’appeler les " guerres de religions. " recouvre une réalité complexe , dominée par les intérêts politiques , sociaux , économiques , des différentes parties .

b) Guerres civiles.

En ce qui concerne la France , les guerres civiles qui ensanglantent le royaume pendant la deuxième moitié du XVIsiècle 1562-1598 sont déclenchées par des dirigeants des différentes factions politiques à partir des problèmes de la religion . Catherine de Médicis se rallie à la Ligue d’Henri de Guise ( chef des extrémistes catholiques) pour déclencher le massacre de la Saint-Barthélémy qui fit des dizaines de milliers de morts dans la nuit du 23 au 24 août 1572 à Paris et dans la France entière. Les huguenots et les papistes catholiques s’affrontent autour de la question centrale ; la liberté de culte , la liberté de conscience , l’acceptation de l’existence d’une Eglise protestante aux côtés de l’Eglise catholique . Dans le même temps se pose la question du pouvoir ; avec Henri III qui est un roi catholique , la question est posée par la famille des Guise , qui sont catholiques également et qui mènent un intense combat , politique , armé , pour renverser le roi et conquérir le trône ; cela ira jusqu’à la journée des barricades à Paris , le 12 mai 1588. Après le mort d’Henri III , son successeur légitimes est Henri de Navarre , mais il est protestant , la parti catholique s’oppose farouchement à son accession au trône il va devoir mener la bataille pendant quatre ans pour faire valoir ses droits afin de faire respecter la religion à laquelle il adhère certes mais aussi pour imposer à tous les féodaux de France la soumission à la monarchie. Sa conversion au catholicisme n’interviendra qu’après la défaite militaire qu’il a infligée aux troupes des ligueurs avec à leur tête Mayenne.

Cette bataille se déroule sur deux fronts :

L’échec relatif des puissances catholiques sur les deux fronts (relatif, car le problème de la religion va perdurer au sein des structures de la société et des états ) va marquer l’émergence d’une ère politique nouvelle en Europe. Une ère moderne, avec la poussée de forces sociales en luttes multiples et des institutions au cœur desquelles s’expriment et s’affrontent en débats et en actions les intérêts et les conceptions neuves de la société et de l’histoire.

C’est cela qui est au cœur des luttes , c’est la transformation politique de la France ; elle sera réussie et la voie sera ouverte pour l’instauration de la monarchie absolue , qui se réalisera avec les règnes de Louis XIII et de Louis XIV au cours du XVIIsiècle. Quant à la liberté de religion , elle sera plus ou moins reconnue , à partir de l’Edit de Nantes , daté du 30 avril 1598 , qui est un compromis et qui sera appliqué avec bien des avatars jusqu’à sa révocation par LouisXIV en 1585

Quelle appréciation porter sur cet acte important ?

Il consacre sans doute la fin de la lutte armée et la réconciliation en France entre catholiques et protestants ; il règle leurs rapports pour près d’un siècle ; deux Eglises opposées mais aussi deux cultures , coexistent sur le même territoire, officiellement .

Dans la mémoire nationale la portée symbolique de l’Edit de Nantes supplante la réalité historique.

Il faut cependant noter la profonde originalité de la voie ouverte en France comme solution du problème religieux et comme issue aux difficultés des rapports entre le pouvoir et les Eglises. Le principe posé par l’Edit de Nantes et la pratique qui en découle consistent, d’une part, entre la coexistence de deux religions , de deux Eglises , sur l’ensemble du territoire , dans chacune de ses parties, alors qu’en Allemagne il existe une véritable ségrégation entre catholiques et protestants , ils résident théoriquement dans des Etats séparés (Selon le principe " une région, une religion "), en France ce découpage est impensable , même si en pratique quelques enclaves adoptent un protestantisme nettement majoritaire . D’autre part , s’il est vrai que le roi est catholique , le principe désormais est que les Eglises sont dans l’Etat , la société et le pouvoir se sécularisent , la monarchie peut tenir tête aux églises. L’Edit de Nantes anticipe la séparation de l’Eglise et de l’Etat (Avec l’Edit , la devise qui était celle de la royauté : " Un roi une foi, une loi " va se trouver dépassée)

Il faudra quand même attendre la Révolution française de 1789, après les luttes d’idées des philosophes des Lumières pendant le XVIIIème siècle, pour que soit inscrite dans la Constitution française la liberté de conscience , d’opinion, d’expression des idées religieuses ou philosophiques.

Qu’en est-il de la Réforme et du protestantisme dans le duché de Savoie ?

Usant d’une politique de tolérance et de prudence à l’égard de l’Eglise réformée, en Piémont surtout, et en Savoie où se manifestent des tendances, certes minoritaires, à l’adhésion à l’humanisme réformé, le duc Emmanuel-Philibert père de Charles-Emmanuel se refuse de céder au fanatisme. Il rejette les offres de la cour de Madrid lui proposant des soldats pour exterminer les hérétiques de ses Etats. A la violence répressive il préfère un plan de lutte fondé sur la persuasion , la propagande religieuse , la formation de la jeunesse dans les collèges dirigés par les jésuites , sans abandonner les procédures judiciaires à l’encontre des récalcitrants et en mettant en œuvre les mesures destinées à imposer la pratique d’un catholicisme intransigeant .

Il revenait à son fils , Charles-Emmanuel , de réaliser l’unité catholique de la Savoie , en commençant par la limitation sévère des facilités accordées au culte réformé notamment dans le Chablais . C’est l’action évangélisatrice de Saint François de Sales et les mesures qu’il préconise pour la réforme intérieure de l’Eglise catholique , qui parviendront à la conversion des notables et du peuple.. Les " quarante heures de Thonon " en 1596 , ouvriront la voie aux conversions en masse. Ces évènements , eux aussi , marqueront l’histoire et les mentalités de la population de la Savoie.

 

 

Introduction -|- Préambule -|- Ière Partie : La guerre entre la France et la Savoie -|- II ème Partie : Les évolutions de la Société -|- III ème Partie : Guerres de religions, guerres civiles et humanisme -|- En conclusion

EN CONCLUSION

Face aux progrès immenses que réalise à cette époque l’Europe, les peuples sont en butte à des oppositions terribles , dramatiques , en tous domaines ; les structures féodales résistent à la bourgeoisie, le servage subsiste encore en partie, la sujétion des forces de travail limite le développement des forces productives, la liberté de pensée s’affirme et la répression se généralise , l’Etat se centralise mais les provincialismes résistent.

Au-delà des luttes et des guerres , c’est une nouvelle donne qui vient de se distribuer en Europe, ce sont de nouvelles valeurs qui se créent et que les hommes et les femmes s’approprient au prix d’efforts individuels et collectifs indescriptibles. Les hommes et les femmes de la Savoie y prennent toute leur part , par le travail , par la pensée , en liaison avec toutes leurs communautés proches ou lointaines que j’ai tenté d’évoquer , de la Suisse à l’Italie, de Lyon à la Provence , à Paris.

Ce sont là des acquis d’une civilisation , que l’on peut sauvegarder malgré les régressions brutales et les désastres qui sèment les ruines et les deuils.

C’est à un formidable bouillonnement que nous assistons du début à la fin du XVIème siècle ,au travers de luttes d’idées, de révoltes (comme en Allemagne avec la guerre des paysans et leur chef Thomas Munzer ) , de répressions terribles, de massacres , de persécutions , de ruines et de misères . Mais avec des manifestations d’humanisme , de progrès techniques, économiques , d’exigences fondamentales , qui ouvrent la voie à des transformations sociales qui auront encore à se développer et à l’encontre desquelles joueront les résistances des puissants , la force des appareils d’Etat, des lois, des institutions , des structures féodales maintenues et maîtrisées par la monarchie et mises de plus en plus fortement en doute et en cause par le développement des forces productives et par le mouvement des idées .

Ces développements , ces luttes et ces transformations vont s’effectuer dans le cadre des nations-Etats qui se forgent et des sociétés qui se constituent au sein de chaque pays avec leurs propres particularités au sein de rapports sociaux extrêmement divers, de relations plus ou moins ouvertes dans le cadre de la ville ou de la campagne , de la province , de la nation ou des nations entre elles dans une orchestration qui laisse présager les grandes entreprises et les confrontations européennes.

Eh bien, c’est tout cela , c’est cet ensemble complexe de phénomènes humains que je voulais tenter de saisir à partir de cet événement passager : le court séjour d’Henri IV à Faverges. Nous pouvons prendre conscience de tout ce qu’un épisode en apparence fortuit peut contenir de charge historique à longue portée. Nous pouvons aussi nous rendre compte de l’idée qui se trouve impliquée dans ce rapprochement entre l’acte d’un grand de l’histoire et la présence des femmes et des hommes qui peuplent un lieu d’apparence modeste. Faverges en 1600 accueille l’histoire , elle est au cœur de l’histoire.

Tâchons d’en faire autant , sinon mieux , tous ensemble aujourd’hui


Introduction -|- Préambule -|- Ière Partie : La guerre entre la France et la Savoie -|- II ème Partie : Les évolutions de la Société -|- III ème Partie : Guerres de religions, guerres civiles et humanisme -|- En conclusion

juin 2000.