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La femme a son corps défendant : questions du public (conférence à Faverges en avril 2001)

Cette page présente les questions et réactions du public lors d'une conférence sur le sujet. Laure Dourgnon, juriste, a donné les réponses.

 
 

Pourquoi la femme a-t-elle été placée en situation inférieure ?
Premièrement il y a eu une confusion entre le besoin de protection
qu'éprouve la femme, particulièrement pendant l'enfantement, et sa
place dans la société. On a cru - c'est l'apanage des sociétés
féodales - que protection signifiait rang inférieur.
Deuxièmement la société a toujours voulu assurer la transmission
de l'héritage. Le contrôle des activités sexuelles de la femme en a
été le moyen.
Ce contrôle s'exerce souvent même au prix d'invraisemblances. En
1794, en Bretagne, par exemple, une veuve a accouché alors que
son mari était mort depuis deux ans. Le tribunal a statué que son
mari était bien le père, parce que le climat humide de la Bretagne
ralentit la conception des enfants !

Que pensez-vous de l'affaire Montand / Aurore ?
Il y avait là un doute sur la filiation de Montand. Aurore était-elle sa
fille, oui ou non ? Pour en être sûr, le juge a ordonner de déterrer le
corps de Montand, et de pratiquer une examen scientifique, ce qui a
provoqué une émotion considérable dans le public.
Cette affaire montre bien combien la transmission de l'héritage vers les
héritiers légitimes est importante pour notre société, et comment elle
induit une mise en cause de la femme, et non de l'homme.
En effet, les médias se sont comportés de façon odieuse avec
Aurore, préservant le souvenir de Montand. Ils accusèrent Aurore
du drame du déterrement du corps, alors que ce n'était que la
conséquence logique de l'évolution du procès.

Quelle est la proportion de violence conjugale ?
Une femme sur dix est victime de violence conjugale.
Cette statistique doit probablement être revue à la hausse, parce
que la violence conjugale est trop souvent intégrée comme normale
par la femme.
La violence physique est principalement le fait de maris
alcooliques. Mais la violence sexuelle est présente dans tous les
milieux.
Dans tous ces domaines, ce qui fait avancer le plus sûrement les
choses, c'est l'éducation de la femme.

Ne pensez-vous pas que la législation est en avance sur les moeurs ?
Pour les mentalités, ce n'est pas si facile.
Que veux dire l'égalité ? Comment cela est-il compatible avec le
besoin de protection de la femme, avec le besoin de démonstration
de force de l'homme ?
Les années 70 ont été importantes dans l'emmergence de
nouveaux rapports homme / femme. La femme a eu droit au plaisir
; grâce aux progrès médicaux, l'identification du père est devenu
l'affaire des scientifiques, et non plus objet du contrôle sexuel de la
femme ; la contraception a donné à la femme les moyens de dire ce qu'elle
veut d'un rapport sexuel.
D'un point de vue législatif, tout est fondé sur la notion du
consentement de la femme (et, plus recemment, de l'homme).
Cette notion essentielle est mise en avant depuis longtemps : elle
est au centre du "Mariage de Figaro" de Beaumarchais, dès le
XVIIIème siecle, donc. Ce consentement existe ? Les relations
sexuelles hommes / femmes sont ce qu'il y a de plus beau au
monde. Ce consentement n'existe pas ? Alors ces relations
hommes / femmes peuvent être un crime.

Les femmes ne peuvent-elles pas s'entraider ?
Théoriquement oui, pratiquement on constate que non. La presse
féminine en est le meilleur exemple, ou le meilleur indice. Cette
presse montre la femme par rapport aux conventions sociales. Elle
donne des recettes pour suivre ces conventions, mais maintient la
culpabilité pour le cas où ces conventions ne sont pas respectées.
Ainsi, une femme victime cherchera toujours à retrouver le contact
avec ces conventions, et non à se défendre.
Ce n'est même pas une question d'argent : de plus en plus, dans
les familles, ce sont les femmes qui controlent les dépenses. Cela
semble être surtout une question d'éducation.

Comment expliquez-vous les viols collectifs ?
Je ne les explique pas.
Ils sont souvent utilisés comme instrument de pouvoir d'un peuple
sur un autre. On l'a vu en Bosnie, où les Serbes pratiquaient le viol des
musulmanes.
Et dans nos sociétés ils prennent des formes diverses, qui
changent tous les dix ans. Il y a 20 ans, il se pratiquait dans les
trains. Personne - pas même les femmes spectatrices - n'activait
l'alarme. Il y a 10 ans, il se produisait dans les sectes. Aujourd'hui il
s'agit souvent d'un garçon qui séduit une copine, et qui invite quelques
copains à la fête...


La conférence a également été animée par Mireille et Gilbert, qui ont lu des passages du "Mariage de Figaro".
 

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