L'Académie d'Escrime Ancienne

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L'ESCRIME, DU CHAMP DE BATAILLE AU SPORT

01-03-2000

L'Escrime, Sportive ou de Spectacle, pratiquée aujourd'hui est l'héritage de cinq siècles d'évolution. De nos jours, le but est, pour le sportif de toucher son adversaire avec une arme neutralisée, pour l'acteur de présenter une scène au public en limitant les risque d'accident. Il n'y a pas si longtemps, à peine un siècle, le but de l'escrime était de blesser où de tuer, en garantissant sa propre intégrité. Les mutations de cette discipline sont indissociable de l'évolution de la société et des techniques. Attachée à l'aristocratie, ordre social détenteur du pouvoir pendant des siècles, l'épée est resté un symbole fort dans notre société actuelle.

 
 

LA PREHISTOIRE DE L'ESCRIME : NAISSANCE D'UN MYTHE
Le droit de possèder une épée était réservé chez les celtes aux hommes libres. Plus tard, au moyen-age, la tradition solidement ancrée voudrait que seuls les chevaliers aient eu le droit de la porter. Si ce mythe médiéval vient de la confusion des auteurs du XIXème siècle à propos du "glaive" du chevalier (en fait, sa lance), il n'en demeure pas moins que l'épée est attachée à ceux dont la fonction sociale était de protèger les autres. Détenteur de la puissance militaire, cet ordre social n'a pas tardé à prendre et à garder le pouvoir. Mais l'idée de l'épée symbole de protection et de justice est resté, meme si la réalité en était assez éloignée.

LA FIN DU MOYEN-AGE : L'ESCRIME APPARAIT... PAR LA PETITE PORTE
La notion d'escrime structurée apparait de façon certaine à la fin du XIVème siècle. Le chevalier du moyen-age apprend à combattre avec, entre autre, une épée, mais son arme principale est sa lance. L'escrime n'est pour lui que "ruses de manants", et ce serait déchoir que d'apprendre de telles techniques. Cette attitude générale souffre certainement des exeptions, mais la mentalité de cette époque reste : je suis protégé par mon armure, je frappe fort et j'encaisse les coups. En revanche parmis la soldatesque, où les protections sont moindres, on commence à s'intéresser à une technique permettant de se débarrasser rapidement de son ennemi en survivant au combat. Des individus expérimentés apparaissent qui enseignent leurs "trucs" à leurs compagnons : ce sont les "Maitres Joueurs d'Espée", ancetres des Maitres d'Armes.

LA RENAISSANCE : LE COMMENCEMENT
La renaissance amène de grands bouleversements dans l'art militaire. La chevalerie a prouvé à ses dépens qu'elle n'était pas capable d'emporter seule la décision sur le champ de bataille. L'armée de la renaissance est constituée en grande partie de fantassins mercenaires spécialisés d'une redoutable efficacité. Apparait pendant cette période une arme qui va révolutionner la guerre : l'arquebuse. Dans ce contexte, l'armure perd progressivement son intérèt défensif, meme si des corps cuirassés existeront encore longtemps. Parallèlement, les nobles commencent à porter l'épée dans le civil, autant comme arme de défense en ces temps peu surs que comme symbole de leur rang. Le duel judiciaire est aboli au profit d'une justice institutionnelle. La noblesse, autant pour marquer son indépendance vis à vis du pouvoir que pour affirmer son statut guerrier, va, particulièrement en France, s'adonner à un "jeu" mortel : le duel.

LES DEBUTS DE L'ESCRIME
Développée au départ sur le champ de bataille, l'escrime va entrer dans le domaine civil avec les memes techniques. Au XVème siecle et au début du XVIème, les épées sont des armes essenciellement de taille. Dans les premières salles d'armes, on utilise l'épée "rebattue", c'est à dire au tranchant neutralisé, et l'on interdit les coups de pointe, trop dangereux à l'entrainement. Cependant les premiers traités, à propos de l'escrime militaire et du duel judiciaire, montrent l'utilisation de la pointe pour frapper les défauts de l'armure [Du Flos Duellatorum(1410), Talhoffer(1433, 1467)]. Ces traités montrent l'utilisation d'armes diverses, du marteau d'armes à l'épée seule en passant par la grande épée (à deux mains), l'épée accompagnée du bouclier, l'épée courte (Dusack ou catzbalger en allemagne), le poignard ou la lutte... Les Maitres d'armes de l'époque pratiquent un grand nombre d'armes issues du domaine militaire.

LE DUEL ET LA RECHERCHE TECHNIQUE
La mode du duel privé amène la noblesse dans les salles d'armes. Pendant le XVIème et au début du XVIIème siècle, la référence en matière de technique est l'italie. Les Maitres d'Armes des rois de France viennent de ce pays, et il est de bon usage pour la noblesse française d'y aller apprendre la science des armes.Un grand débat agite les spécialistes de cette époque : vaut-il mieux utiliser le tranchant de l'épée, où la pointe ? Si Marozzo vers 1530 utilise le tranchant, Agrippa vers la meme époque préconise l'usage de la pointe. Chacun éssaie de proposer en fonction de ses connaissances un système raisonné d'utilisation de l'épée, dont les principes puisse etre appliqués aux autres armes.La pratique du duel imposera, au début du siècle suivant, la supériorité de la pointe, qui frappe plus vite.

L'EVOLUTION DES ARMES
Au cours du XVIème siècle, l'épée de prédilection est la Rapière. Issue des armes de guerre, cette épée est capable de frapper aussi bien de taille que d'estoc (pointe). L'évolution de la technique du duel vers l'escrime de pointe va amener deux transformations majeures de cette arme : d'une part, sa garde s'étoffe pour mieux protèger la main, d'autre part sa lame s'affine et s'allonge pour gagner la distance sur l'adversaire. La rapière n'est que rarement utilisée seule. Elle est accompagnée dans la main gauche d'un petit bouclier, du manteau ou plus tard de la dague. La rapière sert à frapper, l'arme dans la main gauche à se garantir des coups de l'adversaire.

L'ARME D'ENTRAINEMENT ET LA RECHERCHE DE LA PERFECTION
Au début du XVIIème siècle apparait une arme spécifiquement destinée à l'entrainement : le Fleuret. Cette arme à la lame (relativement) souple, à la pointe neutralisée par une mouche, permet l'étude systématique de l'art de l'escrime de pointe, seule désormais valable sur le pré. A l'aide de cet instrument, les Maitres d'Armes n'auront de cesse de rechercher "Le" coup parfait, la botte imparable. Cette recherche se poursuivra jusqu'au début du XXème siècle, ajoutant de nouveaux coups, recherchant de nouvelles théories plus efficaces...L'apparition du masque, vers 1750, permettra de se livrer sans retenue lors des assauts en salle, mais le but est toujours le meme : tuer son adversaire lors du prochain duel.

LA SALLE D'ARMES
La Salle d'Armes est le lieu dans lequel un escrimeur vient pour se former ou s'entrainer. Mal famées au début du XVIème siècle, ces salles ont progressivement acquis leurs lettres de noblesse. Leur renommée varie d'une salle à l'autre, en fonction du Maitre d'Armes qui la dirige et des personnalités qui la fréquentent. Cela est encore vrai de nos jours.Jusqu'au XVIIIème siècle, les Salles d'Armes sont ouvertes au public qui peut assister aux assauts. La salle est autant un lieu de rencontre entre gens d'épée qu'un lieu d'entrainement.Fréquentées par une clientèle souvent turbulente, les Salles d'Armes ont un règlement draconnien : règles de comportement, de bienséance, de sécurité, les Maitre d'Armes et leurs prevots y font regner une discipline de fer.

LA MUTATION VERS LE SPORT
Au XIXème siècle, si le duel existe encore, il s'arrète généralement au premier sang. L'escrime de salle utilise toujours le fleuret pour l'apprentissage, mais la technique de cette arme, bien que poussée à sa perfection, ne reflete plus la réalité du terrain. Copie neutralisée de l'arme de duel, l'épée telle que nous la connaissons fait son apparition dans les Salles d'Armes. Contrairement au fleuret dont les conventions sont basées sur le combat à mort, et où l'on accepte implicitement la blessure si l'on tue son ennemi, l'épée ne connait qu'une règle : toucher, sans etre touché.Dans les salles militaires, où l'escrime est longtemps resté en tant qu'école de maintien, on pratique également le sabre. Cette arme utilisant principalement le tranchant est maniée par les cavaliers et certains fantassins. Alors que l'épée a perdu tout intérèt sur le champ de bataille, l'arme de taille y est restée car adaptée aux corps à corps de masse.

LE SPORT, AUJOURD'HUI
L'escrime d'aujourd'hui n'a plus la meme figure. Le but est de toucher et les armes sont électrifiées pour permettre la matérialisation des touches. Si l'aspect extérieur a changé, les Salles d'Armes existent toujours, dirigées par leurs Maitre d'Armes. Le duel appartient désormais au passé, mais l'escrimeur cherche toujours à vaincre son adversaire. Et dans nombre de salles, on retrouve encore les valeurs qui on fait perdurer l'escrime jusqu'à nos jours.
 

Si l'on regarde un assaut d'Escrime aujourd'hui, la vitesse est telle que seul un oeil exercé peut s'y retrouver. Cependant, si l'on pouvait assister à un duel au temps des mousquetaires, il y a fort à parier qu'il en serait de meme. Et le panache, si cher aux auteurs de romans de cape et d'épée? Pour cela, il existe une autre forme d'Escrime : l'Escrime de Spectacle.